Vous ne les connaissez pas, et pourtant, depuis votre petite enfance, ces petites voix intérieures vous accompagnent à longueur de journée. Elles échappent à votre conscience, mais elles vous sont aussi fidèles que votre ombre! Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est quand elles vous incitent à l’action, lorsqu’elles vous mettent en mouvement. Le pire, c’est lorsqu’elles déclenchent chez vous des réactions allergiques, vous paralysent ou qu’elles sont tellement poignantes qu’elles vous enferment dans des comportements stéréotypés.

Comment ces « messages contraignants » se sont-ils installés? C’est très simple. Dès votre naissance, vos parents vous regardent. Ce regard est chargé d’attentes. Dans l’inconscient des parents, ce bébé qui débarque fait écho à leur propre histoire, à leurs propres besoins, à leurs rêves et à leurs espoirs. Ce bébé est une page blanche, qui leur donne l’occasion de recommencer, de faire comme il faut, ou de faire mieux que leurs propres parents, l’occasion de ne pas refaire les mêmes erreurs, de donner à leur progéniture les opportunités dont ils auraient aimé pouvoir profiter. Et vous, frêle bébé vierge de toute histoire, vous voilà parachuté sur cette montagne de bonnes intentions. Avec une innocence infinie, vous vous retrouvez face aux réactions de vos parents. Très vite, vous comprenez que certains comportements vous valent leur reconnaissance (« areuh areuh, oh qu’il/elle est mignon/ne! »), alors que d’autres les laissent de marbre ou génèrent des réactions négatives (« vilain garçon / petite fille mal élevée, tu ne peux pas faire ça! »).

A partir de là, c’est votre propre histoire qui est en train de s’écrire. Peu à peu, les réactions de vos parents se gravent dans votre esprit, et celles que vous entendez le plus souvent s’installent plus profondément que les autres. Au point que vous continuez à les entendre, même lorsque vous êtes seul.

Ces injonctions sont au nombre de 5.

« Sois fort »

Un « sois fort » dégage une impression de solidité. Il est inébranlable. Son expression laisse peu de place à l’émotion. Les blessures des uns et des autres (y compris les siennes) l’intéressent peu, ce sont les résultats qui comptent. Il communique peu, et surtout de manière très factuelle.
Son mythe: ce qui coûte des efforts a de la valeur, et inversement.
Sa force: sa ténacité.
Son piège: l’entêtement, l’insensibilité (menant à l’auto-suffisance).
Son challenge: laisser parler ses émotions.

« Fais plaisir »

Un « fais plaisir » est attentif, conciliant, apaisant. Il s’adapte, il envisage les choses avec souplesse et avec flexibilité. Il cherche peu à s’affirmer, l’harmonie autour de lui passe avant tout. Il questionne peu sur le fond, mais son empathie et son sens de l’humour sont appréciés.
Son mythe: la souffrance peut être évitée.
Sa force: son écoute et son attention aux autres.
Son piège: l’indécision, la manipulation (menant à l’agressivité).
Son challenge: être à l’écoute de ses propres besoins et valeurs.

« Sois parfait »

Un « sois parfait » soigne sa présentation et son image. Sa posture est droite. Il a le sens du détail et vise la perfection, tant pour lui-même que pour les autres. Il veille à l’efficacité de ses démarches et ne se satisfait pas de demi-mesures. Il ne laisse pas grand chose au hasard.
Son mythe: tout peut être évalué en fonction du bien ou du mal.
Sa force: son sens de l’organisation.
Son piège: la sévérité, la rigidité (menant à la dépression).
Son challenge: se reconnaître le droit de faire des erreurs.

« Fais vite »

Un « fais vite » déborde d’énergie. Toujours en action, toujours attentif, il décide et agit rapidement. Il excelle dans la gestion des urgences, il insuffle de l’énergie aux groupes. La monotonie le hérisse.
Son mythe: vite fait, bien fait.
Sa force: son efficacité.
Son piège: l’impatience (menant à la frustration).
Son challenge: être présent, ici et maintenant.

« Fais des efforts »

Un « fais des efforts » est concentré et attentif. Il s’applique sans compter, en oubliant parfois l’objectif tant il est absorbé par les tâches. Pour lui, l’important, c’est de s’impliquer. Il requiert rarement de l’aide, et n’apprécie pas ceux qui en demandent. Tant pis si c’est difficile (ce qui est souvent le cas avec lui).
Son mythe: à vaincre sans effort on triomphe sans gloire.
Sa force: sa résilience.
Son piège: la perte de sens (menant à l’échec chronique).
Son challenge: identifier et atteindre ses propres objectifs.

Et vous? Quelles sont les injonctions qui résonnent encore dans vos oreilles? Partir à leur découverte ne signifie pas forcément qu’elles vous posent problème. Le propos n’est pas forcément de vous en libérer. Après tout, ces petites voix sont en vous depuis des lustres, et vous êtes toujours là. Elles vous ont porté et façonné, avec tous leurs avantages et leurs inconvénients.

La première possibilité qui s’offre à vous, c’est tout simplement d’en prendre conscience.

Après, vous avez trois possibilités:

Si une injonction est peu ou pas présente (score de 0 à 10), sans doute s’agit-il d’un aspect de votre personnalité que vous pourriez développer. Cela pourrait enrichir votre posture et votre panoplie de modes de réaction. Cela pourrait également fournir un contrepoint utile par rapport à d’autres injonctions très/trop présentes.

Si une injonction est présente sans être prédominante (score de 10 à 20), il s’agit à l’évidence d’un trait de votre personnalité. Vous avez maintenant mis le doigt dessus et cette prise de conscience renforce votre libre-arbitre. Les ayant verbalisées, vous avez davantage le choix de répondre (ou pas) à ces injonctions. Et même si vous choisissez d’y répondre, vous pourrez alors le faire en explorant des comportements nouveaux.

Si une injonction est dominante, omniprésente (score de 20 ou plus), elle influence fortement votre comportement, au point que vous en devenez parfois une caricature de vous-même. Vous y reconnaîtrez peut-être des remarques que votre entourage vous a déjà faites à de nombreuses reprises (« avec toi c’est toujours comme ça »). Au-delà de 30, l’injonction peut même devenir paralysante. La petite voix intérieure est tellement forte, tellement pressante, qu’elle ne vous laisse guère de choix: votre réaction est immédiate et stéréotypée, votre adaptabilité est réduite. Cela se traduit souvent par des réactions allergiques, violentes, émotionnelles, que votre entourage vous reproche fréquemment.

Ce n’est pas pour rien que ces injonctions parentales sont aussi appelées « messages contraignants »: gravés dans votre subconscient, ils vous dictent littéralement votre mode de réaction, à l’insu de votre plein gré. A petite dose, ce n’est guère un problème: ces messages, même qualifiées de « contraignant », contribuent à vous mettre en action et à vous impliquer. A trop forte dose, cela devient plus problématique. Votre agilité est compromise. Ces injonctions en deviennent plus fortes que vous. Je devrais plutôt dire qu’elles étaient plus fortes que vous. En ayant maintenant pris conscience grâce au test ci-dessus, vous pouvez maintenant vous en libérer. Votre palette comportementale s’en trouvera enrichie. Et vos proches, soulagés.

Ce modèle pourtant simple est d’une richesse incroyable. Ce n’est pas pour rien que la NASA l’utilise depuis 1977 pour veiller à la complémentarité et la compatibilité des équipages qui seront confinés lors de voyages spaciaux.

PS: si vous travaillez en équipe, proposez donc à vos collègues de faire le même test. En permettant à chacun de faire la paix avec ses messages parentaux contraignants, c’est un surcroît de liberté individuelle que vous leur offrez. Les bénéfices en terme d’alignement mutuel et d’efficacité collective sont incommensurables.

signoca

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