L’agilité expliquée à mes filles

Alors que je me lance dans l’écriture d’un livre et d’un parcours de formation à l’agilité (dans une déclinaison managériale, pas IT), il me vient l’envie de vous raconter une expérience plutôt familiale. Il y a deux ans, je me suis piqué d’expliquer l’agilité à mes filles (16 et 17 ans à l’époque).

Nous voilà donc confortablement installés au salon tous les 4, Nathalie (mon épouse), nos deux filles et moi-même. J’allais me lancer dans le déroulé habituel que j’utilise lors des formations et des workshops que j’anime sur le sujet. Mais voilà, aucun mot n’est sorti de ma bouche. Le décalage m’a éclaté à la figure… Comment expliquer l’intention fondatrice de l’agilité en dehors du contexte professionnel? Comment faire comprendre l’agilité sans s’appuyer sur une description de la méthodo Scrum? J’étais là, bouche bée, l’espace d’un instant.

Puis m’est venue cette question: “donnez-moi un exemple d’un truc que vous voudriez faire, un sujet qui vous tient vraiment à cœur, mais que vous ne savez pas par quel bout entamer”.

L’aînée a tout de suite décroché. “Pff ça ne m’intéresse pas du tout”… C’était de son âge (à l’époque). La cadette a mis sur la table son envie de faire du concours hippique avec son cheval. Gros projet, dans les limbes depuis un bout de temps et qui faisait écho à une grosse insatisfaction par rapport à l’endroit où se trouvait son cheval à l’époque.

Spontanément, ma question suivante fut: “quelles sont les choses que tu voudrais mettre en place pour permettre cela?”. Elle a commencé à me lister toute une série de choses allant de considérations très pratico-pratiques (changer de manège) jusqu’à des attentes plus personnelles (être suivie par un prof avec qui ça clique bien). J’ai noté tout ce qu’elle me disait sur une grande feuille de papier, sous la forme d’un mind map. L’idée centrale est “faire du concours hippique”, et de là partent une demi-douzaine de branches correspondant aux points qu’elle a listés.

Je lui demande alors: “parmi ces points, lesquels peux-tu réaliser facilement, et lesquels posent problème?”. Deux ou trois points étaient immédiatement réalisables. Mais, ajoute-t-elle, “ça ne sert à rien de les faire tant que le reste n’est pas réglé”. Je lui redemande alors ce qu’elle veut vraiment faire. Elle me redit qu’elle veut faire du concours hippique. “Tu veux vraiment faire du concours hippique?” lui redemandais-je. “Oui oui, vraiment” me confirme-t-elle en me détaillant à nouveau son envie et son insatisfaction par rapport à la situation actuelle.

Je reviens alors avec elle aux quelques points qui posaient problème. Nous reprenons ces points un par un et je lui demande de les détailler. Sur le sujet du changement de manège par exemple, il fallait trouver un point de chute facilement accessible en transports en commun, que le manège lui convienne (bonne ambiance, compatible avec notre budget etc) mais aussi déplacer son cheval. Nous voilà avec trois nouvelles sous-branches sur le mind map. La question des transports en commun est facile à régler. Choisir le manège aussi (il suffit de le visiter). Par contre, déplacer le cheval est une autre paire de manches (surtout trouver un van et un véhicule pour le tirer).

Nous voilà donc avec deux choses supplémentaires immédiatement abordables et un truc qui reste problématique (déplacer le cheval). Et nous voilà donc partis pour décomposer ce truc problématique. Quelques idées fusent. “Ah oui je pourrai demander à un-tel”. Ou bien peut-être que le manège que je choisirai aura un van?”. Et le mind map continue à s’étoffer, à gagner en profondeur.

Puis ma fille lève la tête, sourit et me dit: “en fait, quoique l’on veuille faire, il y a toujours bien quelque chose que l’on puisse faire immédiatement et qui nous emmène dans la bonne direction”. Elle ajoute: “et puis ce n’est pas grave si je n’ai pas toutes les réponses avant de démarrer, j’ai confiance que les choses se mettront en place naturellement”.

Waow. Je crois qu’elle vient de tout capter de l’essence de l’agilité:

  1. Une intention claire et légitime, alignée sur ce que l’on désire vraiment.
  2. Une confiance authentique dans le fait que les choses vont se mettre en place pour rendre cela possible (ou que l’Univers va nous inonder de sa bienveillance et de son opulence si vous préférez).
  3. Une mise en mouvement immédiate.

Elle ne sait toujours pas ce qu’est SCRUM, mais cela n’a aucune importance. Plus rien ne pourra l’arrêter. Elle vient de comprendre une chose importante: ce que l’on qualifie de difficile, ce ne sont que des sujets qui attendent d’être subdivisés. Le pouvoir de l’intention combiné à la granularité de l’action!

Job done. J’ai réussi à faire comprendre à mes filles ce qu’est l’état d’esprit agile (sauf à l’aînée qui avait quitté la pièce entretemps ;-). Scrum et tout le reste, ça viendra en temps utile (ou pas), mais on s’en fout: elle est en mouvement et à l’écoute de ses envies et de ses besoins.

Pour la petite histoire, elle a trouvé un autre manège, chez des gens sympathiques où son cheval et elle sont parfaitement bien. Le propriétaire des lieux est un passionné de dressage et Marion y prend des cours qui lui permettent d’évoluer d’une manière très éthologique. Sa jument (Atica) s’est avérée avoir des aptitudes incroyables pour le travail à pied et elle est devenue un véritable cheval de cirque. Les envies de concours de saut d’obstacles ont disparu de l’écran radar de Marion quand elle s’est rendue compte que son envie de faire du concours cachait une simple envie de changer d’endroit, et elle a ensuite découvert d’autres plaisirs où Atica et elle trouvent tout-à-fait leur compte.

C’est pas beau l’agilité? En fait, on pourrait appeler cela de la simplicité. Ca m’irait tout aussi bien…

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  • Olivier Caeymaex
    Olivier Caeymaex Digital & Agile Coach

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