Le Servant Leader, un nouveau paradigme pour l’après-corona

Le goût pour le management et l’entrepreneuriat, ça démarre toujours par une belle volonté d’émancipation, une énergie qui vient des tripes, qui donne envie de s’envoler, envie d’autre chose, envie de mieux ou de plus. Il ne fait aucun doute que c’est cette énergie-là qui fait avancer le monde, que c’est là qu’est la source du progrès. Du moins, c’est ce que l’on croit lorsque l’on est soi-même habité par cette énergie. Tant mieux. C’est beau, c’est fort, c’est puissant.

Confinement oblige, me voici devant mon écran Netflix. J’y découvre une série recommandée par mon aînée (étudiante en psycho): Mind Hunters. Cette série raconte l’histoire de ces deux agents américains qui se sont lancés dans un processus d’interview systématique des plus grands tueurs en série des années 70. Ils ont ainsi jeté les bases des protocoles de profilage psychologique utilisés par toutes les polices du monde. J’y ai été frappé par l’énergie “émancipatrice” qui se dégageait de ses criminels. Leur pulsion de mort n’était que la face visible de leur pulsion de vie intérieure. Cette pulsion de vie, ne trouvant pas son chemin dans leur contexte personnel (familial, socio-économique etc) s’est sublimée dans la noirceur, les conduisant à se “réaliser” dans les meurtres en série. Tous ces criminels ont une histoire personnelle à laquelle ils ont voulu échapper. Comme les grands patrons? C’est l’hypothèse qui a émergé chez moi en regardant ce récit. Par extension, l’énergie managériale et entrepreneuriale serait-elle une sublimation positive de cette volonté d’émancipation?

La question est posée. Elle va hérisser ou intéresser. Tant mieux. Elle est posée là. Nous y revenons dans un instant.

Viennent alors les adeptes de l’agilité, et ils amènent un concept qui ressemble à un oxymore, celui de servant leader.  Traduire cette expression en français est un exercice assez risqué. S’agit-il d’un leader serviable, d’un leader servile ou d’un leader “au service”? S’il est au service, que sert-il donc?

Traditionnellement, le manager, c’est celui qui est là pour garantir l’obtention des résultats, la réalisation des objectifs. A cet effet, il bénéficie d’une délégation de pouvoirs qui lui vient en droite ligne de ceux qui tiennent les cordons de la bourse (les actionnaires en l’occurrence). Amusant non? Le manager s”auto-définit souvent comme étant celui qui prend des initiatives, celui qui est friand d’innovation, de challenges et de bonnes surprises. Pour le moins paradoxal, si l’on se souvient que sa légitimité hiérarchique lui vient de son engagement à garantir la conformité des résultats, matérialisés par un budget en bonne et due forme, qui précise de manière univoque le quand et le combien. La variable d’ajustement, c’est donc le comment, et c’est précisément là que le manager intervient. D’où cette phrase qui a connu son heure de gloire dans les organisations qui carburaient en mode management by objectives: “peu importe la façon, du moment que les résultats promis sont au rendez-vous”. Etre manager, selon cette grille de lecture, c’est donc se porter garant du combien et du quand, en prenant la responsabilité du comment.

Le servant leader, ce serait donc quoi alors? Je vous propose une définition simple, presque inchangée, mais qui change tout: être servant leader, c’est permettre à une équipe de se porter garant du combien et du quand, en étant attentif au comment. Les mots en gras sont ceux que j’ai ajouté dans la définition. Il y a aussi une partie de la phrase que j’ai remplacée par une autre. Je vous l’ai mise en italique.

Je laisse infuser la différence entre ces deux phrases. Le lien entre les deux, ne cherchez pas, c’est l’agilité. C’est là que vous trouverez l’esprit ET les mécanismes de mise en mouvement pour passer de leader à servant leader. Au service de quoi ou de qui? De soi-même pour commencer, des autres ensuite, et tant que l’on y est, de la planète, pourquoi pas?

Si cela vous interpelle, on en parle?

Et si cela vous passionne vraiment, s’il y a là quelque chose qui fait écho dans vos tripes, Jord et moi démarrons la semaine prochaine (le 22 avril) une communauté de pratique à ce sujet. C’est un parcours de 3 mois (1 appel tous les 15 jours) où nous embarquons une poignée de managers. Avec eux, dans l’intimité de ce petit groupe, nous irons explorer les nouveaux territoires managériaux défrichés par l’agilité et la sociocratie, à la recherche du sens de cette posture de servant leader. On s’y retrouve?

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